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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 14:39

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"Berlin, 1964. Depuis que les forces de l’Axe ont gagné la guerre, la paie nazie règne sur l’Europe. Seule l’Amérique a refusé jusqu’ici le joug. Mais, dans quelques jours, le président Kennedy viendra conclure une alliance avec le Reich. Ce sera la fin du monde libre.

Deux meurtres étranges viennent perturber les préparatifs. Les victimes sont d’anciens S.S. de haut rang jouissant d’une paisible retraite. Chargé de l’affaire, l’inspecteur March s’interroge. S’agit-il d’un règlement de comptes entre dignitaires ? Mais, s’il s’agit d’affaires criminelles, pourquoi la Gestapo s’intéresse-t-elle à l’enquête ? Quelle est cette vérité indicible qui semble menacer les fondations même du régime ? Le mystère s’épaissit et, dans Berlin pavoisé, les bourreaux guettent, prêts à tout pour étouffer les dernières lueurs de la liberté."(4ème de couverture)

 

 

L’uchronie avec un grand U

 

Robert Harris est né le 7 mars 1957 à Nottingham. Journaliste avant tout, il a notamment travaillé pour la BBC (Correspondant TV), l’Observer et le Sunday Times pendant de nombreuses années.

 

En 1992, il se lance dans l’écriture de fictions, et surtout de thrillers, avec "Fatherland", qui connaitra de suite un grand succès. Auteur prolixe, il produira ensuite "Enigma" (1995), qui se situe durant la 2nd Guerre Mondiale ; "Archangel" (1999) dans la Russie contemporaine et "Pompéi" (2003) qui raconte le destin de la ville du même nom.

 

A partir de 2006 il se lance dans l’écriture d’une trilogie dont Cicéron est le sujet central, et dont les deux premiers volumes sont déjà sortis : "Imperium" (2006) et "Conspirata" en 2009.

 

Pour son premier thriller, Robert Harris s’attaque à un moment sombre de l’histoire européenne, et le rend plus sombre encore : les nazis ont gagné la guerre. (Damned ) L’Europe entière est sous le joug nazi, qui affiche sa démesure mégalo dans tous les recoins et règle les moindres détails de la vie de la population européenne. Les opposants au régime disparaissent, comme tous les juifs, homosexuels et autres « détraqués », et sans que personne ne sache ce qu’il en est… Il est dit qu’ils « partent à l’Est ». Vaste programme…

 

De leur côté, les US, censés être le « dernier rempart » de la liberté et gouvernés par un Joseph Kennedy vieillissant (le père de John, qui dans notre réalité a moins bien  fini sa carrière politique, étant un peu trop… d’accord avec Hitler sur certains points), vont finalement abdiquer face à cette Empire Allemand apparemment surpuissant.

 

C’est dans cette configuration géopolitique glauquissime que l’on suit l’inspecteur Xavier March, inspecteur de la Kripo (Kriminal Polizei), a mi-chemin entre les troufions de base et la toute puissante Gestapo.  Tout commence par un cadavre (et oui, nous sommes tout de même dans un polar, et pas de bon polar sans cadavre), repêché par un matin brumeux dans le fleuve, a deux pas de l’ile hébergeant les personnes les plus influents de l’Empire.

 

Les huiles de la Gestapo vont mettre un peu trop d’insistance à lui enlever cette enquête. Mais March est un coriace, un homme a qui seul reste son travail et cette quête de vérité.. un « asocial » comme on dit chez eux. Quête qui va le conduire dans les tréfonds de la politique du NSDAP, et le mettre dans une situation très délicate. Ca ne sent jamais très bon quand la Gestapo s’intéresse à vous de trop près.

 

Ce qu’il ne sait pas, c’est que cette enquête a priori routinière va le mettre sur la piste d’un secret capable d’ébranler le régime tout entier, et donc de transformer la face du monde ! Et qu’il ne fait pas bon avoir ce type de savoir dans un régime dictatorial….

 

C’aurait pu être nous…..

 

Se replonger dans cette période de l’histoire n’est pas chose évidente. Même pour moi (nous) qui n’ai pas connu la guerre, cette période reste une plaie assez vivace dans notre société, et tout est fait pour que la plaie ne se referme pas. Robert Harris réussit cependant, sans tomber dans le pro nazisme ni le pathos dégoulinant, à faire vivre ce qui aurait pu être « si » la guerre s’était achevée autrement. Et comme vous vous en doutez, ce n’est pas joyeux.

 

L’énorme travail de documentation effectué par l’auteur/journaliste en ce qui concerne les faits historiques et les personnages qu’il évoque participe à créer une ambiance on ne peut plus réaliste, et qui fait froid dans le dos quand on se dit que ce quotidien aurait pu être le notre.  La plupart des personnages cités dans le livre ont réellement existés ainsi que  leurs actions/exactions. En effet l’auteur à choisi de ne changer le cours des événements qu’à partir de l’année 1942, et même là il continue a instiller des éléments historiques réels (Extraits de courriers, horaires de trains, etc ..)

 

Ce travail transparait également dans la description impressionnante de précision du Berlin nazi tel qu’imaginé par Speer pour Hitler, et de la vie quotidienne dans cette grande ville des années 60. Grâce à la conjugaison de cette précision historique et d’un style d’écriture qui dessine les scènes et paysages dans des tons gris/noir un peu flous propres aux vieux films d’époque, le décor est posé et le lecteur très vite embarqué dans cette histoire sombre.

 

C’est dans ce décor que l’on suit l’évolution de cet homme qui, loin d’être un nazi convaincu, a fait comme tout le monde, il a suivi le mouvement et n’a pas posé de questions, préférant la relative sécurité de l’ignorance. Et peu a peu, ce qu’il a toujours préféré ignorer s’impose à lui, et lui fait ouvrir les yeux sur les aberrations de la société dans laquelle il vit, de ses dirigeants et de leur politique.

 

Mais au fond… nos sociétés occidentales actuelles ne sont elles pas identiques ? Tels des moutons, nous préférons fermer les yeux et nous laisser bercer par nos politiques qu’ouvrir les yeux sur une vérité parfois cruelle et dérangeante… Encore une fois : Damned

 

 

« Noir c’est noir.. il n’y a plus d’espoir.. »

 

Robert Harris nous fourni donc ici un polar pur jus, écrit (très) efficacement, où l’intrigue se dévoile peu à peu, avant d’accélérer brusquement jusqu’au dénouement final qui nous laisse pantelant (J'en ai raté mon arrêt de bus  ). Tout ca dans cette ambiance « brumeuse »  et cette espèce de tension inquiète permanente qui fait qu’on ne peut pas imaginer les scènes autrement qu’en noir et blanc, avec cette opacité propre aux vieux polars hollywoodiens.

 

La comparaison avec Hollywood s’arrête là, car la réalité est bien présente, même uchronique, et elle n’est pas tendre avec notre malheureux héros.

 

La fin du roman d’ailleurs n’est pas en fin en soi.. la fin d’une tranche de vie, d’un personnage soit, mais pas de son histoire, ni même de ce qu’il a déclenché et des conséquences possibles qui peuvent en découler. Mais cela… ce sera à vous de l’imaginer. Ce sera même la seule petite lueur d’espoir que l’auteur s'autorisera…

 

Vous l’aurez compris, j’ai littéralement adoré/dévoré ce roman, bien qu’habituellement peu fan de polar ni d’histoires de guerre. Tous les ingrédients sont réunis pour offrir au lecteur une histoire prenante, à tel point que l’on a décidément beaucoup de mal à lâcher l’ouvrage avant la fin. "Fatherland" peut rejoindre fièrement "Le Maitre du Haut Château" de Philip K. Dick au rayon des uchronies réussies et effrayantes concernant la Seconde Guerre Mondiale.

 

 

Dans les prochains épisodes de Culture Guu, une session spéciale "Viande avariée"  :

"Le guide de survie en territoire zombie" de Max Brooks et la série TV "The Walking Dead"

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Published by Guu - dans ... Lu
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commentaires

Touloulou 17/01/2011 23:39


Ah comme ça je la lirai pour avoir un avis plus tranché ! Je ne dis pas que je n'ai pas envie de le lire, mais parfois on peut passer à côté d'un auteur juste parce qu'on a pas commencé avec le bon
livre, ce dont je n'ai pas envie


Guu 18/01/2011 08:33



Bon, et bien on dirait qu'il ne me reste plus qu'à me mettre au boulot ^^ Enfin, après mon pavé actuel...



Touloulou 17/01/2011 19:58


On m'a dit que ce n'était pas le plus accessible des Dick, donc comme je n'ai jamais lu de livre de lui, je me demandais s'il ne fallait pas mieux en lire un autre avant...


Guu 17/01/2011 20:07



Effectivement ce n'est pas le plus accessible de ses ouvrages, il y en a plusieurs autres plus évidents, entre autres le classique Blade Runner.


Celui ci a un rythme très particulier et une fin un peu curieuse, que chacun comprend à sa facon. Néanmoins ca reste à mon humble avis une uchronie très réussie, et qui se lit assez rapidement.
Tiens pour la peine tu me donnes envie d'écrire un billet dessus, je vais me rajouter ca à la liste ^^



Touloulou 17/01/2011 18:30


J'avais parlé d'uchronie avec mon copain, qui m'a justement parlé de ce livre... il a l'air super, et ton avis achève de me convaincre ! Je pense que je le lirai rapidement du coup !


Guu 17/01/2011 19:45



N'hésite pas, fonce ! Et si tu restes dans l'ambiance uchronie, n'hésite pas à loucher du côté du "Maitre du haut Chateau" dont je parle en conclusion. Ce n'est pas tout à fait le même style,
mais c'est tout aussi savoureux !



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